Historique (H. Astierperet) (1)

 

Si les Archers nous étaient contés.  La Société Saint-Sébastien

Les enfants de la famille Edmond Gossez ont soigneusement conservé une médaille en argent, offerte en cadeau, par la Société Saint-Sébastien, en 1830, à Jacques-Joseph Gossez.  Il avait en effet réussi à enlever le titre de Roi de la Société durant trois années consécutives : en 1828, en 1829 et en 1830, année où il fut proclamé Empereur.  En 1930, les archers ont fêté dignement le centenaire de cet exploit.

En 1921. cette société fêtait Auguste Battard pour le 35ème anniversaire de son grade de Commandant.  Dans le discours prononcé à cette occasion, Félix Ponchau, Secrétaire, rappelle ce qui suit : "Votre plus tendre enfance s'est passée à entendre, durant les longs mois d'hiver, l'histoire de l'antique confrérie de Saint-Sébastien et de la société qui lui succéda dès 1820.  Vous sentiez que cette vieille société était autre chose qu'une bande de joyeux camarades se réunissant pour tirer à l'arc et s'amuser.  Vous compreniez qu'elle continuait une tradition locale... et à travers le temps et les générations, elle perpétuait de vieilles et chères coutumes, qu'elle constituait un héritage de nos grands-pères à ne pas laisser se perdre".

 

Les Archers, instrument de guerre

La société des Archers remonte à une époque très reculée.  Au XIIème siècle, cette milice locale s'exerçait à tirer à l'arc, à manier l'épée, la dague et la hallebarde.  Elle était chargée de la protection, de la garde du château féodal, et était astreinte à une prestation militaire.  Lors de opérations de guerre, elle était conduite par un officier du suzerain ou par le Seigneur.  Notre valeureux Seigneur, Baudouin d'Auberchicourt, seigneur de Bernissart (1267-1302) répondit à l'appel du Roi de France, Philippe le Bel, et, à la tête de ses archers, avec les hommes d'armes du Hainaut et du Brabant se plaça sous les ordres de Robert d'Artois chargé de venger les Matines Brugeoises.  Baudouin d'Auberchicourt, ainsi que Robert d'Artois et 700 gentilshommes périrent le 11 juillet 1302 à Courtrai à la Bataille des Eperons d'Or.

Après l'anéantissement de nos archers, une nouvelle compagnie se forma.  Malgré la découverte de la poudre à canon et la création des compagnies d'arquebusiers et des couleuvrines, on maintiendra longtemps encore les compagnies d'archers.  Les prises d'armes étant fréquentes, les archers devaient être rompus aux exercices corporels et au maniement de leur arc.

En 1478, Louis XI assiégea notre château et le détruisit.  La garde nationale fut dissoute.  Au XVIème siécle, elle est remplacée par une compagnie d'archers dépendant du seigneur du village.  Mais, elle disparaît de nouveau vers 1700, lorsque Marie-Marguerite-Louise, comtesse de Millendonck et dame de Bernissart épouse Alexandre-Emmanuel de Croÿ car ce dernier cesse d'habiter le châteur féodal.

 

1766, Les Archers, instrument de Loisir

Le 21 juin 1766, l'arc devient un instrument de plaisir, d'amusement.  La Confrérie Saint-Sébastien est née.

Les responsables rédigent un règlement et proclament leurs statuts.  C'est les "Serment des Archers" qui restera en vigueur pendant plus d'un siècle.  Outre son règlement, cette société eut son berceau (tir), et sa chambre (local).  Le règlement est divisé en trois chapitres traitant en 53 articles des Confrères jouants, du jeu et des assemblées.  Il était assez sévère.

Ainsi en son art. I "Que tous les Confrères ou autres s'exerçant au jeu d'arc, se devront comporter civilement, sans jurer, blasphémer, proférer paroles méchantes et scandaleuses sous peine d'un sol tournois chaque fois" et en son art. 25 "Celui qui sera trouvé pissant avec arc ou flèche à la main fourfera chaque fois cinq sols"...

Il porte la marque ou la signature des 19 fondateurs dont la plupart appartenaient à des familles encore existantes dans la localité.  Le serment des archers dura de 1766 à 1860.  Il était aministré par un capitaine, un roy, un lieutenant et un connétable chargé de la perception des cotisations, des amendes et du paiement des frais.  Il y avait deux grandes fêtes : le tirage de l'oiseau et la Saint-Sébastien fêtée le 20 janvier, clôturée par un fastueux banquet.  La cotisation annuelle était très onéreuse et pouvait se monter à 10 livres.

La société possédait un riche drapeau au millésime de 1820, avec un écusson encadrant Saint-Sébastien, travail superbe, avec une riche broderie d'or.  En 1861, par suite de malentendus, la société cessa d'exister.  Afin de ne pas laisser se perdre une aussi belle tradition, une société nouvelle fut fondée et nous avons déjà relaté que Auguste Battard en prit le commandement en 1886.  Aujourd'hui elle est toujours bien vivante, le tir pour l'attribution du titre de Roi a encore lieu et le cadeau traditionnel de l'heureux gagnant est une coutume immuable.

 

Ressources de la Confrérie Saint-Sébastien

Pour entrer dans la Confrérie, il fallait acquitter un droit d'entrée de 10 livres 10 sols.  Il fallait aussi payer un droit de sortie de 1 livre et en plus laisser "arcq et flèche bon et valide".

Le maître suprême de la Confrérie était le Roi, il avait comme intendant général le Connétable, la cheville ouvrière de la Confrérie.  Il commandait en effet les banquets, les tirs au berceau ou à l'oiseau et réglait toutes les dépenses.

Le 20 janvier, fête patronale, et le jour du tir du roi, l'on vérifiait les comptes de recettes et dépenses et chaque membre payait sa quote-part pour les frais.

D'autre part, les charges aux grades étaient mis aux enchères.  Il n'était donc pas question de mérite mais les Confrères obtenaient leurs galons à prix d'argent.

 

Les tirs

Les confrères pratiquaient le tir à l'arc, spécialement au berceau.  L'article 8 du règlement spécifie que : "Chaque partie ne pourra estre de plus haut pris au commeun divertissement profits des présents que deux sols tournois à l'homme" et l'article suivant porte que "le bonij devra se boire à la chambre des Confères".

D'après les archives, il n'y avait qu'un seul tir à la perche chaque année.  C'était le tir à l'oiseau ou tir du Roi. Ce dernier recevait un plat d'étain sur lequel on gravait le nom de la Confrérie et l'année du tir (un de ces cadeaux existe encore dans la famille Edmond Gossez); les autres Confrères recevaient une assiette en étain par prix abattu.

 

Les Berceaux

La vieille Confrérie occupait un terrain situé derrière la cure actuelle et sur le côté du cimetière, et qui porte encore le nom de "Berceau".

Dans la déclaration des biens de la cure de la paroisse de Bernissart faite par Maître J.B. Lemyé, curé de la paroisse en 1763, il est fait mention du "Jardin des Archés" attenant à la cure actuelle, maison donnée en propriété à la dite cure par Messire jacques de Failly, seigneur de Hautcourt à charge de 12 obits par an.  La Confrérie avait sans doute reçu le terrain dit les Berceaux comme don du seigneur précité à condition que ce terrain retourne comme propriété à la cure dès qu'il ne sera plus occupé par les archers.   La Confrérie en resta donc propriétaire jusqu'au 6 juin 1842.

 

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Ce texte est tiré du livre "Bernissart" de l'auteur Henri Astierperet.

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